LAPSE_RELAPS(e)

"Amie, aimez et faites ce que vous voudrez."                                   

Création hybride sonore, vocale et performative d’après la vie de Marguerite Porete et de son oeuvre 

Le Miroir des simples Âmes anéanties et qui seulement demeurent en vouloir et désir d’Amour

environ 45 mns

conception, réalisation, interprétation : Flor Paichard

cloches en porcelaine : Ismaël Carré & Sandrine Tortikian

structures bois et lumières : Robin Maury

prise de son : Yannick Favorel

Soutiens : Les Bazis, Théâtre le Hangar, Le Ring, Festival La Bellongaise, Studio Éole

Création 2021

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La langue de Marguerite Porete est aride, elle est le fruit d’une mystique du coeur et d'une théologie sans Raison, d’une littérature courtoise surannée et imprégnée d’une symbolique oubliée. Lire Le Miroir, c’est devoir s’accrocher, le lire et le relire, s’empêtrer dans des procédés de répétitions, les paradoxes, et se perdre dans une parole qui lâche prise, imbibée de nuances et d’absolu, une voix en pleine muance (transition) d’une humanité encombrante vers la franchise (liberté) découlant de son anéantissement. Puis vient la plongée dans la langue du manuscrit, la déroute de lire une langue qui est la nôtre et qui ne l’est pourtant plus, celle de l’opacité graphique, grammaticale et lexicale, le manque d’air et d’espace. De cette traversée surgissent des fulgurances, des mots captés, des éclairs et des états d’âmes inconnus et parfois, ce qui pourrait ressembler à des révélations. 

 

Les informations concernant la vie de Marguerite Porete sont rares.  On sait le jour de sa mort : le 1er juin 1310, on en connait le lieu : la Place de Grève à Paris (actuelle Place de l’Hôtel de Ville). Mais aucun manuscrit écrit de sa main, des indices disséminés ici et là dans les copies transmises, des registres inquisitoriaux administratifs biaisés, voire manipulés et pas traduits du latin. Pourtant Marguerite eut un corps, un corps qui marchait beaucoup, un corps qui s’exprimait, qui parlait aux autres et à Dieu, un corps qui se consumait par le feu intérieur et sans matière d’un Amour ardent, un corps qui brûla dans le feu du bûcher devant la foule. À sa trajectoire, on devine, on projette une personnalité d’une intelligence, d’une indépendance, d’une détermination, d’un courage, d’une incarnation hors du commun. On sent la disparition du doute et son appartenance à un autre monde.

 

Concrètement LAPSE_RELAPS(e) est une performance vocale et sonore construite sur ces maigres éléments et ces fortes impressions. Alternant répertoire vocal, contrafacta et textures sonores, elle est ponctuée de textes lus, récités, vocalisés et de témoignages retransmis de femmes contemporaines engagées dans une foi chrétienne et militante, comme Marguerite, pour une autre Église. Elles appellent à la dépasser et à s’en émanciper, à inclure plus et autrement. Les voix recueillies sont celles de la youtubeuse Queer Chrétien.ne, militante queer et travaillant notamment à relire la Bible au regard de la théorie queer, d’AJ Dirtystein, plasticienne, tatoueuse, performeuse et tarologue qui parle de coming-out en tant que chrétienne ou encore de Loan Rocher, femme trans indo-vietnamienne, militante active au sein du collectif Toutes Apôtres et oeuvrant à l’inclusion des croyants LGBTQI+ dans l’Église.

 

Enfin ce travail est le résultat d’une collaboration avec des artisans Toulousain.e.s. LAPSE_RELAPS(e) est une création sonore développée à partir de 25 cloches réparties sur 5 tailles différentes, réalisées par l’atelier Ismaël Carré & Sandrine Tortikian. La solidité de la matière permettant d’obtenir une variété de sons suivant différents modes de jeu particulièrement intéressants, les cloches seront agencées dans un carillon construit par le décorateur Robin Maury. Également appréciée pour son esthétique épurée et sa translucidité, la porcelaine invite à penser la création lumière dans une installation inspirée des grands chandeliers suspendus d’église, à mi-chemin entre pendules géants et balanciers de clocher.