Le monde, c'est tout vanité.

1h00 - création vocale pour 10 voix

Au commencement de ce projet de création vocale et collectif, il y a un désir commun de travailler sur le monument phare de la musique occidentale que représente la Messe de Notre-Dame de Guillaume de Machaut (1300-1377). Monument d’abord parce qu’on assiste ici à la première proposition d’une messe pour quatre voix, écrite par une seule personne, figure de proue de l’Ars Nova et de ses expérimentations musicales. Phare ensuite, parce qu’elle ouvre la porte à la notion de création artistique et au développement de la polyphonie et nous éclaire sur les origines d’une pensée en pleine évolution suite notamment aux différentes avancées scientifiques (de la mesure récente et précise du temps à la prouesse architecturale des cathédrales de style gothique rayonnant).

 

À ce choix de répertoire, s’est imposée la volonté de connaître le siècle qui avait porté Guillaume de Machaut à composer cette œuvre, à savoir quels évènements, quels questionnements, quelles peurs, quelles convictions avaient été le ciment de cette création. Le XIVe siècle se présente comme un siècle de mutation dans une société féodale hors d’haleine. Le petit âge glaciaire qui le caractérise amène pluies et froids ruinant les récoltes et instaure de longues périodes de famine qui affaiblissent les populations. La peste, « cette maladie qu’on appelait épidémie » selon les mots terrorisés de Machaut et ramenée malencontreusement d’Asie, décime le continent comme un fléau. La guerre de cent ans déversant ses grandes compagnies de routiers mercenaires violents finit de désoler une population aux aboies qui ne trouve plus refuge en la foi de l’Église Papale rongée par les luttes intestines et exilée puis déchirée entre Rome et Avignon. Ce XIVe siècle est le siècle des sursauts de conscience face à l’instabilité du monde et « ses signes et demontrances » d’apocalypse et d’effondrement, on pense la foi différemment (mystique rhénane, flagellants), c’est le temps des révoltes populaires (tuchins, maillotins, jacques, ongles bleus), on danse avec la mort mais on cherche à s’en sauver pourtant, les cartes de la vie sont rebattues.

 

Ce contexte si particulier et propre à ce siècle ne cesse de résonner avec les sentiments d’insécurité et d’incertitude liés au monde dans lequel nous vivons aujourd’hui au XXIe siècle. Nous travaillons à traduire ces grandes questions existentielles par les cris, les gémissements, les bruits et les murmures lorsqu’elles impactent nos corps et que les mots ne suffisent plus en nous inspirant de formes et de concepts usités au XIVe (charivari, cloche, processions). L’apport d’instruments originaux colore cette création d’une contre-musique caractéristique de tout un pan occulté de la culture médiévale.

Cette création est intitulée Et In Terra Pax (et la paix sur la Terre), un titre se référant aux premières paroles du Gloria de la Messe et qui sera scandé comme un slogan au cours de la représentation. La pièce se structure en trois tableaux que parcourt la Messe de Notre-Dame comme une présence tutélaire.

 

 

Le collectif composé de Sarah Brault, Rachel Delaistier, Flore de Maillard, Cécile Baguette, Laurie Paumelle, Andy Lévêque, Olivier Huz, Joël Sitbon, Frédéric Dufée et Florian Paichard a présenté sa première sortie de résidence lors du Festival de Musiques Libérées de La Poutre en août 2019.

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